Les herbes

Posted in Autres voix, Le m'onde on novembre 17, 2009 by Hadrien MacBland

Battues par le souffle sans origine, les herbes gémissent. C’est un son sans contenu qu’elles poussent en chœur. Mais il ne faut pas confondre le bruissement que l’on perçoit avec celui du vent. Il en est cause, il donne unité à l’ensemble des émissions sonores. Les herbes donnent l’illusion d’un bruisson, au sein duquel les petits bruits semblent susurrés à notre oreille. Ils témoignent d’une angoisse sans nom, qu’on oublie, qu’on néglige. Qu’importent les airs de rien ?

Car ce sont des riens du tout. Les herbes s’assèchent, s’humectent, ne peuvent pas se figer en quelque chose. Trop changeantes, elles prennent toutes les couleurs, il faut bien changer d’habits. Leur solitude est grande, malgré la proximité de leurs jaillissements, hors la terre dans laquelle elles restent plantées.  Riens du tout, oui, il n’est qu’à voir leur assemblée à peine audible. Le vent se faufile entre elles, mais elles ne peuvent se toucher, à peine si elles se frôlent.

Seule la confusion émerge de ces pointes vagues. De loin, on dirait une vague verte, prise dans un va-et-vient qui ne saurait ravager. Les petites perceptions échappent. Essayons cependant de capter leur voix singulière, pour mieux saisir l’oscillation d’ensemble. Arrachons une herbe, et non pas un brin d’herbe ; il garde la brise avec lui. On la tenaille entre deux doigts, on l’a déracinée, elle est nue. Victoire ? Elle est inerte, et d’un coup semble n’avoir plus de voix, décapitée par la base, presque comme d’un homme.

Circulation

Posted in Le m'onde on novembre 15, 2009 by Hadrien MacBland

En soirée, on se cherche, on cherche chez les uns des miroirs où l’on voudrait se mirer. Mais l’amertume vient au fil aiguisé du temps, quand le vrai miroir ne réfléchit pas plus qu’une loque. Les verres, les bouteilles, de l’eau et des reflets nous environnent. On boit des verres, pilés, on veut s’ouvrir tout plein, on se fuit pour laisser la place libre.

La fuite est partagée, et dans un sens comme dans l’autre. Je me fuis, tu te fuis, il se fuit, etc.  On s’oublie dans les rires. On passe d’une peau à l’autre. Mais le transfert est douloureux quand le miroir renvoie sa propre image. L’effroi du même s’insinue. Mais n’y a-t-il que les pédales pour utiliser le frein à main, la marche arrière ? Plus de pronominal : je te fuis, tu me fuis.

Pourtant, on crie tous, que le même m’aime. Et la douleur s’impose, face à la beauté de certains, inadmissible, irrecevable en soi-même. L’écart est trop grand, notre poche trop petite pour cette protubérance ajoutée, qui empêche l’autre de rentrer.  Il ne faut pas fixer les visages, juste les bras. Le vent ne regarde pas aux vagues, mais aux focs.

Fluxus

Posted in Autres voix, Le m'onde on novembre 4, 2009 by Hadrien MacBland

J’avais ce projet de faire cela depuis longtemps.
Cela semblera un peu trop expérimental sans doute. Tant pis.
C’est ici.


Il faut l’imaginer parlant avec un vidéoprojecteur derrière lui.

Hors

Posted in Silences on octobre 21, 2009 by Hadrien MacBland

et je n’aurai jamais su
l’affection de deux bras
d’un serre-moi dans tes bras

chuchoté : ce mot si beau

ce réel qui ne le fut jamais
(réel invisible à moi qui me cache)
et j’aurai rêvé sur la musique
qu’accorderaient deux bras

peut-être qu’un seul suffirait
pour jouer sur la corde


à quoi servent les miens
si ce sont les miens
sinon à former mon prénom
dans lequel il y a aime

j’aurai tant aimé
pouvoir écrire la première entreprise
fut deux bras qui me dirent leur nom

murmuré : et le mien avec



mais il faut me contenter de ma face blanchâtre
morte et sans la chaleur

(et : cela veut tout dire)

face de craie parole de craie
et tableau noir plus profondément
comment écrirais-tu sur ma page noire

l’ironie de vivre habillé
de ne jamais se rendre nu



se rendre


(à) la nuit d’insomnie, 19 X 09

Chronique du hoquet

Posted in Le m'onde on juillet 26, 2009 by Hadrien MacBland

La mer de leurs cheveux m’avale, mais avec un haut-le-coeur. Je la dégoûte. Je retombe sur le sable  et je palpe ces frustrations qui glissent entre mes mains. Ce sursaut irrité me sauve sans cesse de la noyade que je désire. Et comme une vague contraire, je retourne à l’aventure… Et les vents me contraignent à retourner d’où je viens… Ce sont leurs cheveux tempétueux qui me soufflent au nez !

Je m’abandonne à cet abandon forcé, dans un cycle qu’ils perpétuent. Je prie pour un détour qui me ferait franchir la gorge de leurs cheveux. Faites que je sois la pluie qui se mêle au flot, en filaments tortueux qui nettoieraient leurs visages ; que je cesse d’être la chair qui surnage, puis qui se laisse griffer par les cailloux.

Caressante, la mer regarde le hérisson que je suis avec effroi, et me refuse. Il ne saurait y avoir de cordon.

Le vide est plein d’énergie

Posted in Manifestement on juillet 24, 2009 by Hadrien MacBland

Je suis en vacance (au sens plein du terme) et, étrangement, c’est dans ces moments-là que je me sens des fringales d’écrire, comme l’appétit qu’on éprouve devant des friandises trop chères pour être achetées. Je n’écris pas, en effet, je ne lis pas non plus, je regarde les livres que j’ai, j’en mets certains dans un carton, je me dis de ne pas acheter de livres avant d’avoir lu tous ceux que j’ai achetés et que je n’ai pas encore lus. Je fais le plein de vide, comme qui dirait, mais bizarrement, ça ne démarre pas trop.

Mais l’intention est là, et il suffit qu’on se mette à me parler de quelque chose qui touche mes cordes pour que je me mette à vibrer, trop lyrique. D’ailleurs, ma compulsion à l’obscurité vient d’une crainte un peu idiote d’être trop lisible, et je le suis quand les sentiments dégoulinent (le mot dit bien la chose, incorporant le dégoût). Faut-il préférer l’obscur au convenu ? Alors, je tressaille, et je vois qu’il y a du potentiel électrique, mais qu’il faut canaliser cela.

Je me rends compte que les virtualités sont larges et profondes en moi, mais qu’elles sont peut-être fantasmées plus qu’autre chose. J’ai même envie de fermer cet ouvroir de littérature sourde (si je puis dire). Je crois que de toute façon je n’ai pas grand chose à raconter ; je pense que si certains écrivains ont écrit alors que leur vie était nulle, c’est forcément de la mort qu’ils ont parlé. Peut-être est-ce ce que nous faisons tous, tant la vie est un abandon, ou le rêve d’un abandon. En un sens, mourir est un acte qu’on peut envisager au moins. (Je ne suis pas sûr de dire quelque chose de très vrai, mais c’est ainsi que je le perçois au moment où j’écris).

Je pars au pays des Elfes dans quelques jours, et j’espère que la magie viendra. J’ai l’impression de n’avoir encore rien fait, que le déclic attend, et que peut-être il ne se produira pas. Laissons donc ce blogue dans les mains du silence qui s’en occupera avec attention ; sa mère l’écriture viendra peut-être le chercher, quelque jour.

Maux croisés

Posted in Voix des autres on juin 20, 2009 by Hadrien MacBland

Le texte est ici, en pdf…

Bonne lecture, après tant d’attente, même si encore une fois, j’esquive le sujet central du blogue.

Présence du manque

Posted in Silences on mai 30, 2009 by Hadrien MacBland

Ô (un chapeau rêve sur l’ensemble vide)

le creux de la calanque !

Je le palpe sans avoir d’écho,

et l’encre sympathique

enlève l’ancre de mon amour,

coulé dans le moule du désir.

Où sont les bras de mer ?

Des routes

Posted in Manifestement on mai 12, 2009 by Hadrien MacBland

Si j’osais suivre, continûment, les objets que mon désir éclaire, je ferais sans nul doute le tour du monde, en demeurant toujours au même lieu ; j’aurais suivi la course du soleil, qui n’est jamais qu’immobile dans ses promenades sur la voute intangible.

Sur le chemin communément parcouru par ma tension inachevée et voulue telle, je laisserais des cailloux blancs et, en cas de retour et de perte, saurais les retrouver pour stopper mon mouvement ; puis le reprendre, presque fatalement, comme brûlé d’avance et cherchant l’eau qu’on trouve pourtant à tous les coins de rue.

Mais, au gré des cahots, l’illusion de sortir de soi-même agite tant mon corps que le démembrement semble la seule issue à l’impasse de mes pulsions. Les bornes fontaines où je m’arrête pour boire abreuvent ma plume d’encre – fécondent mes poèmes.

L’eau rayée

Posted in Silences on mai 11, 2009 by Hadrien MacBland

Elle songe à l’orée des ombres, d’elle ne sait quoi,
c’est à peine si elle veille et surveille les voix,
elle absorbe et s’absorbe sur les rebords du fleuve,
en contre-plongée tentant de saisir le flux,
elle se fait l’éponge du monde oscillant,
tremblante parmi les feuilles de son tympan.

Le vent fait vibrer les voiles de son rêve,
et son œil silencieux s’attend d’ailleurs à les ouïr,
ces fleurs chevelues qui frémissent en son intérieur,
ces roses dont les anses s’embrassent pour mourir,
dans un souffle inaudible au mur coupé de son écho.

Dans les sursauts aigus, elle s’essaie à toucher,
vaguement – dans un miracle inouï pourtant –
la chair des choses contre elle-même apposée,
quand les sifflements résonnent en sa cavité,
la cathédrale des cils semblant voir l’immensité.

La mélancolie vient couler aux profondeurs tissues
et déflore les couleurs des réceptions qu’elle donne,
maîtresse de maison que la ciguë des plaintes sollicite,
orgueilleusement jusqu’à faire sauter l’élastique,
et quand la cire de ses contours fond en fin de soirée,
l’oreille se met à rêver d’invisibles silences.