Cela fait un moment qu’il n’y avait pas eu de nouveau par ici…
En voici, en format pdf.
Cela fait un moment qu’il n’y avait pas eu de nouveau par ici…
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“et je n’aurai jamais su / l’affection de deux bras” (21 octobre 2009)
Ce futur antérieur portait bien son nom. Il me faut rétablir la vérité. Je la sais, maintenant, plus ou moins.
Un lointain vagissement résonne dans toute notre existence. Il rend mélancolique, et songeur. Et si je n’avais pas crié ? Et qu’étais-je avant ce cri ? Il faut se rendre à la terrible évidence : à peine un silence.
Le souffle retenu de l’enfant angoisse les parents, qui tendent l’oreille. La parole nous fait entrer dans le monde, dans un élan vibratoire. Le père ne vient-il pas à l’accouchement aussi pour entendre cette voix ?
Ce sont des oreilles qui nous reçoivent, nous accueillent. Sourds, mes parents ne m’ont pas entendu.
Dans la même journée, ne pas pouvoir entendre et ne pas pouvoir jouir, douleur conjointe.
Ça parlait de typographie, et par défaut, je regardais les images projetées. J’ai essayé d’écouter ce qu’ils disaient, puis quand j’ai dû parler, de saisir ce qu’ils me répondaient. J’ai eu l’impression de tricher, de jouer la normalité de l’entendant. J’aurais voulu crier “Putain, je ne vous entends pas.” Je ne suis pas sûr que ça aurait changé quelque chose. Ils croyaient me parler, et j’acquiesçais bêtement, avec un pincement, vraiment, même s’il n’était pas au cœur, celui-là. Je n’aime pas falsifier.
A la station Sexe-Gambetta (je maintiens le lapsus), je l’ai recroisé, le persistant fantôme de cette année. Il a évité de monter dans les mêmes voitures que moi. Sortis au même endroit, j’ai fini par marcher derrière lui, par me rapprocher de plus en plus, le cœur battant, vraiment, avec la proximité. Je me suis dit qu’il avait ralenti sa marche exprès, j’ai pensé qu’il attendait que je me rapproche pour me parler. Finalement, par un tour assez inexplicable, il me passa derrière. L’échange n’a pas eu lieu, toujours pas.
Dans ma chambre, il ne reste plus qu’à écouter de la musique et à se livrer au plaisir solitaire. D’où vient la souffrance ? De cette absence d’écho qui annihile les objets d’écoute ou de désir impuissants, devenus muets en quelque sorte. Je ne peux que les balbutier avec peine, à la mesure de mon existence.
Je m’échine à chercher des responsables, comme si j’étais victime, ou coupable.
Quelques tentatives, sans certitude (malgré les apparences), de concilier écriture & photographie, à travers une réflexion sur le caractère sonore (ou non) de la photographie. Ces quelques essais (balbutiants, sceptiques) s’inscrivent dans le cadre d’un projet avec l’École Nationale Supérieure de Photographie d’Arles. Je travaille avec un étudiant de cette école, dont le travail inspire pour beaucoup ces quelques morceaux. Son travail est visible ici ou là.
1.
On se demande toujours d’où il vient. Jamais où il est.
Il est là, déposé sur le papier, en bruits roses, bleus, verts.
Sur la photo en noir et blanc, il est plus perceptible encore.
Prélevé, traité, délavé, il n’est jamais blanc.
2.
Toujours, il s’incorpore à la lumière.
Il faut vraiment toucher, fantasmer un toucher.
Avec la photo, développée, on peut faire semblant.
Voilà sa chair mêlée : on triche avec la physique.
3.
La musique du papier passe par les yeux.
On regarde, voyeurs, on croit ne rien entendre.
Les rayons optiques, en métamorphose, émettent.
Ils se montrent mais ne disent rien, que des sons.
4.
Une photographie ne peut avoir de titre.
Des sous-titres, à la limite, où peut se dire quelque chose.
Mais à l’intérieur, même.
Inutile d’en parler, elle parle (sans le vouloir, et sans rien dire).
5.
Là, le photographe a appuyé sur le déclencheur.
Cela a fait un bruit, que l’image n’a pas retenu.
Elle a été arrêtée avant.
Les bruits, coupés court, transpirent à peine.