Battues par le souffle sans origine, les herbes gémissent. C’est un son sans contenu qu’elles poussent en chœur. Mais il ne faut pas confondre le bruissement que l’on perçoit avec celui du vent. Il en est cause, il donne unité à l’ensemble des émissions sonores. Les herbes donnent l’illusion d’un bruisson, au sein duquel les petits bruits semblent susurrés à notre oreille. Ils témoignent d’une angoisse sans nom, qu’on oublie, qu’on néglige. Qu’importent les airs de rien ?
Car ce sont des riens du tout. Les herbes s’assèchent, s’humectent, ne peuvent pas se figer en quelque chose. Trop changeantes, elles prennent toutes les couleurs, il faut bien changer d’habits. Leur solitude est grande, malgré la proximité de leurs jaillissements, hors la terre dans laquelle elles restent plantées. Riens du tout, oui, il n’est qu’à voir leur assemblée à peine audible. Le vent se faufile entre elles, mais elles ne peuvent se toucher, à peine si elles se frôlent.
Seule la confusion émerge de ces pointes vagues. De loin, on dirait une vague verte, prise dans un va-et-vient qui ne saurait ravager. Les petites perceptions échappent. Essayons cependant de capter leur voix singulière, pour mieux saisir l’oscillation d’ensemble. Arrachons une herbe, et non pas un brin d’herbe ; il garde la brise avec lui. On la tenaille entre deux doigts, on l’a déracinée, elle est nue. Victoire ? Elle est inerte, et d’un coup semble n’avoir plus de voix, décapitée par la base, presque comme d’un homme.
