Prose du quotidien
Dans la même journée, ne pas pouvoir entendre et ne pas pouvoir jouir, douleur conjointe.
Ça parlait de typographie, et par défaut, je regardais les images projetées. J’ai essayé d’écouter ce qu’ils disaient, puis quand j’ai dû parler, de saisir ce qu’ils me répondaient. J’ai eu l’impression de tricher, de jouer la normalité de l’entendant. J’aurais voulu crier “Putain, je ne vous entends pas.” Je ne suis pas sûr que ça aurait changé quelque chose. Ils croyaient me parler, et j’acquiesçais bêtement, avec un pincement, vraiment, même s’il n’était pas au cœur, celui-là. Je n’aime pas falsifier.
A la station Sexe-Gambetta (je maintiens le lapsus), je l’ai recroisé, le persistant fantôme de cette année. Il a évité de monter dans les mêmes voitures que moi. Sortis au même endroit, j’ai fini par marcher derrière lui, par me rapprocher de plus en plus, le cœur battant, vraiment, avec la proximité. Je me suis dit qu’il avait ralenti sa marche exprès, j’ai pensé qu’il attendait que je me rapproche pour me parler. Finalement, par un tour assez inexplicable, il me passa derrière. L’échange n’a pas eu lieu, toujours pas.
Dans ma chambre, il ne reste plus qu’à écouter de la musique et à se livrer au plaisir solitaire. D’où vient la souffrance ? De cette absence d’écho qui annihile les objets d’écoute ou de désir impuissants, devenus muets en quelque sorte. Je ne peux que les balbutier avec peine, à la mesure de mon existence.
Je m’échine à chercher des responsables, comme si j’étais victime, ou coupable.
mai 21, 2010 à 8:25
Pensée muette pour les désirs et pour l’échec.
Pensée pour nos solitudes.
Pensée pour les moments où nous nous sommes compris (et j’aimerais pouvoir mettre ce dernier mot en italique.)
Ici, crois-moi, tout est perte et vertige. Ne sais où vais. Bats des pieds mais m’enlise. Chaque jour poursuit le lent sabordage. Je fuis, erre, pense à trop de choses.
à t’écouter.